Dans cette nouvelle édition de La Loupe, l’émission d’actualité de Women First TV, Bety reçoit Monsieur Denis Nour, récemment élu (le 21 février 2026) à la tête de la Ligue sénégalaise des droits humains. L’échange dresse un état des lieux sans concession de la situation des droits humains au Sénégal, entre avancées légales, résistances persistantes et pistes de réforme.
Une priorité : rééquilibrer vers les droits économiques, sociaux et culturels
Pour les quatre prochaines années, M. Nour annonce vouloir déplacer l’accent de la Ligue, historiquement centrée sur les droits civils et politiques (arrestations, libertés d’expression, délits d’opinion), vers les droits économiques, sociaux et culturels : éducation, santé, logement, alimentation — avec une attention particulière aux violences faites aux femmes et aux enfants.
Un constat de « sur place » malgré une législation renforcée
Il estime que le Sénégal a fait d’importants progrès juridiques (création d’une commission nationale des droits de l’homme, loi sur l’accès à l’information, loi sur les lanceurs d’alerte), mais que ces textes restent mal appliqués et peu accompagnés de décrets d’application. Il regrette que des pratiques dénoncées sous l’ancien régime — poursuites pour offense au chef de l’État, mandats de dépôt systématiques — perdurent sous la nouvelle présidence.
Liberté d’expression, désinformation et responsabilité citoyenne
M. Nour défend une liberté d’expression encadrée par l’éthique plutôt que par la répression pénale : selon lui, une fausse information devrait être corrigée et sanctionnée par des amendes plutôt que par la prison, et la priorité doit aller à l’éducation des citoyens — notamment des jeunes utilisateurs de réseaux sociaux — à la vérification des sources.
Violences policières et lutte contre l’impunité
Revenant sur les événements survenus à l’université de Cherante, il affirme que la Ligue accompagne systématiquement les familles des victimes (soutien juridique, avocats bénévoles) et interpelle l’État pour que des enquêtes indépendantes soient menées. Il insiste sur la nécessité de rompre avec une « culture de l’impunité » qui traverse, selon lui, tous les régimes successifs.
Violences basées sur le genre : la loi ne suffit pas
S’appuyant sur une étude menée entre 2020 et 2023 (3 femmes sur 10 interrogées déclarant avoir subi des violences physiques, sexuelles ou verbales), il plaide pour une approche allant au-delà du cadre légal : enquêtes de terrain, analyse sociologique et anthropologique des rapports de pouvoir entre hommes et femmes, et éducation en profondeur plutôt que simple répression.
Réguler les réseaux sociaux sans étouffer les libertés
Face à la montée des discours de haine en ligne, M. Nour appelle à une régulation des réseaux sociaux portée par l’État, tout en mettant en garde contre toute dérive qui utiliserait cette régulation comme prétexte pour museler la parole citoyenne — citant en exemple la vigilance nécessaire pour éviter le scénario observé au Gabon.
Démocratie participative et rôle du citoyen
Il plaide pour l’inscription de la démocratie participative dans la Constitution, à travers des consultations citoyennes systématiques avant le vote des lois, afin que les décisions publiques reflètent davantage les réalités du terrain plutôt que les seules logiques partisanes à l’Assemblée nationale. Il rappelle aussi que les droits s’accompagnent de devoirs : civisme, respect du bien commun et de l’espace partagé.
Indépendance et financement de la Ligue
Interrogé sur l’indépendance de son organisation, M. Nour rappelle que la LSDH fonctionne sur la base du bénévolat et des cotisations de ses membres, complétés ponctuellement par des financements de projets ciblés (jamais des fonds versés librement, mais des prises en charge d’activités précises).
Message de clôture
En conclusion, Denis Nour appelle les Sénégalais à rester unis au-delà des appartenances politiques, ethniques ou religieuses, à rejeter les « contrevaleurs » diffusées sur les réseaux sociaux, et à faire de la défense des libertés un devoir national plutôt qu’un combat d’opposition.
Émission : La Loupe — Women First TV Thème : Droits humains au Sénégal